Lorsque nous rencontrons une difficulté récurrente, une peur persistante ou un schéma que nous reproduisons malgré nous, une question revient souvent : « D’où cela vient-il ? ».
Dans les articles précédents, nous avons vu que certains de nos conditionnements peuvent trouver leur origine dans notre histoire personnelle, nos apprentissages, nos expériences émotionnelles ou encore notre histoire familiale.
Mais certaines approches spirituelles et énergétiques proposent d'aller plus loin.
Elles envisagent notamment l'existence de mémoires karmiques, énergétiques ou multidimensionnelles susceptibles d'influencer notre expérience actuelle.
Ces notions peuvent constituer des pistes d'exploration pour les personnes qui adhèrent à cette vision. Elles doivent cependant être clairement distinguées des mécanismes psychologiques ou biologiques scientifiquement établis.
Un blocage peut-il toujours être ramené à une origine précise ?
Pas nécessairement.
Nous avons naturellement tendance à chercher une cause :
- « Quelle expérience a créé cette peur ? »
- « D'où vient cette croyance ? »
- « Pourquoi cette situation se répète-t-elle ? »
Cette recherche peut être particulièrement utile lorsqu'elle permet de mettre en évidence un apprentissage, une expérience passée ou un fonctionnement familial, mais notre fonctionnement résulte généralement de plusieurs influences qui interagissent entre elles.
Une difficulté peut ainsi comporter simultanément des dimensions personnelles, émotionnelles, familiales, relationnelles, corporelles, sociales ou culturelles. Et parfois, nous ne savons tout simplement pas pourquoi un fonctionnement s'est installé.
C'est important, car un travail intérieur ne devrait pas devenir une recherche sans fin d'une origine cachée qu'il faudrait absolument découvrir avant de pouvoir avancer.
Première origine possible : notre propre histoire
C'est généralement la première dimension à explorer.
Tout au long de notre vie, nous construisons des apprentissages à partir de nos expériences.
Une relation difficile, un rejet, une séparation, une humiliation, un échec ou une situation particulièrement marquante peuvent modifier notre manière d'appréhender certaines situations. Une personne ayant été profondément trahie peut par exemple développer une méfiance importante dans ses relations futures, alors qu'une autre ayant régulièrement été dévalorisée peut intégrer la croyance qu'elle n'est jamais suffisamment compétente.
Ces réactions peuvent ensuite devenir suffisamment automatiques pour fonctionner comme les conditionnements inconscients décrits dans le premier article de cette série de 4.
Le travail consiste alors à identifier ce qui appartient à l'expérience passée et à observer si cette réponse reste adaptée à la situation présente.
Deuxième origine possible : notre histoire familiale
Nous l'avons largement exploré dans l'article consacré au transgénérationnel (2ème article de cette série de 4).
Nous recevons également une histoire qui a commencé avant notre naissance.
Valeurs, croyances, règles implicites, comportements appris, loyautés familiales, non-dits ou conséquences de traumatismes peuvent circuler d'une génération à l'autre par différents mécanismes psychologiques, relationnels, sociaux et culturels.
Dans les approches transgénérationnelles, le travail consiste à rechercher ce que nous pouvons reproduire ou porter sans avoir consciemment choisi de le faire.
Là encore, l'objectif n'est pas de rejeter son histoire familiale, mais plutôt de parvenir progressivement à distinguer : ce que j'ai reçu → ce que j'ai fait mien → ce que je souhaite conserver → ce que je souhaite transformer.
De plus, certaines conceptions de l'être humain considèrent que notre histoire ne commencerait pas nécessairement à notre naissance. Et c'est ici que nous entrons véritablement dans le domaine spirituel.
Troisième origine : les mémoires karmiques
Le mot karma est aujourd'hui utilisé dans des sens très différents.
Dans les traditions indiennes, il signifie originellement « action ». Dans le bouddhisme classique, par exemple, les actions intentionnelles sont considérées comme produisant des conséquences et s'inscrivent dans une conception comprenant également le cycle des renaissances.
Le karma traditionnel ne signifie donc pas simplement : « Il m'arrive quelque chose de mauvais parce que j'ai fait quelque chose de mauvais auparavant. ». Cette interprétation extrêmement simplifiée peut même devenir problématique lorsqu'elle conduit à considérer qu'une personne serait responsable de sa maladie, d'un accident ou des violences qu'elle subit.
Dans certaines pratiques spirituelles contemporaines, l'expression « mémoire karmique » désigne plutôt l'idée qu'une expérience issue d'une existence antérieure pourrait laisser une empreinte susceptible d'influencer la vie présente.
On parlera par exemple de : peurs sans origine connue, attirances ou répulsions particulièrement fortes, schémas relationnels répétitifs, sentiments inexpliqués de dette ou de culpabilité, liens considérés comme karmiques, engagements, promesses ou « vœux » attribués symboliquement à d'autres existences...
Bien que l'existence de vies antérieures et de mémoires karmiques n’ait pas été établie scientifiquement, cela n'interdit pas d’explorer ces approches dans une démarche spirituelle.
Libérer une mémoire karmique : qu’est-ce que cela signifie ?
Dans une approche énergétique ou spirituelle, travailler sur une mémoire karmique consiste généralement à rechercher ce qui est perçu comme une empreinte ancienne encore active dans l'expérience présente, puis à effectuer un travail symbolique, énergétique ou intérieur destiné à s'en libérer.
Mais une distinction me paraît fondamentale.
Si une image, une sensation ou une scène apparaît pendant une séance, il n'est pas nécessairement obligatoire d'en conclure que : « Voilà exactement ce qui vous est arrivé dans une vie antérieure. ».
Une expérience intérieure peut être vécue comme spirituellement significative sans constituer pour autant une preuve historique.
Cette prudence est d'autant plus importante que la mémoire humaine est reconstructive et peut être influencée par les attentes et les suggestions. Même des travaux consacrés à des personnes rapportant spontanément des souvenirs de « vies antérieures » ont constaté des transformations importantes de ces récits au fil du temps et soulèvent explicitement la possibilité de souvenirs déformés ou erronés.
La question la plus utile devient alors « Qu'est-ce que cette expérience vient mettre en lumière pour moi aujourd'hui ? » plutôt que « Puis-je prouver qu'elle s'est réellement produite ? ».
Qu’entend-on par « multidimensionnel » ?
C'est probablement le terme qui demande le plus d'explications.
Il n'existe pas de définition scientifique reconnue de la « libération multidimensionnelle » telle qu'elle est employée dans certaines pratiques énergétiques contemporaines.
Selon les courants, le terme peut désigner l'idée que l'être humain ne se limiterait pas à son existence physique actuelle et pourrait être envisagé à travers plusieurs niveaux ou dimensions de conscience et d'existence.
Certaines approches parlent alors de : plans subtils, autres dimensions, autres expressions de soi, mémoires appartenant à différents niveaux de conscience ou liens énergétiques dépassant l'expérience personnelle actuelle.
Nous sommes ici clairement dans une conception métaphysique ou spirituelle, et non dans le sens que la physique donne au mot « dimension ». Cette distinction évite une confusion fréquente : employer un vocabulaire qui ressemble à celui des sciences ne transforme pas une proposition spirituelle en théorie scientifique.
Dans mon approche, le terme multidimensionnel peut donc être compris comme une grille de lecture permettant d'explorer certains ressentis ou expériences qui, pour la personne, semblent dépasser son histoire personnelle ou familiale.
Et les blocages énergétiques ?
Les pratiques énergétiques reposent sur une autre conception : celle d'une énergie vitale et de son équilibre.
Selon les traditions, elle prendra différents noms et sera décrite à travers différents systèmes : Qi, Ki, chakras, méridiens, corps subtils, etc.
Le Reiki, par exemple, repose sur la conception d'une énergie pouvant être mobilisée dans une démarche d'harmonisation. Le NCCIH américain classe le Reiki parmi les approches complémentaires reposant sur l'hypothèse d'un champ énergétique, et précise que l'existence du champ énergétique supposé intervenir dans le Reiki n'a pas été démontrée scientifiquement.
Dans les pratiques énergétiques, on peut également rencontrer différentes notions telles que : déséquilibres ou perturbations énergétiques, charges ou empreintes, liens énergétiques, stagnations, perturbations des chakras ou des corps subtils, influences énergétiques extérieures... Ces notions appartiennent à la grille de lecture énergétique.
Une libération énergétique vise alors à nettoyer, rééquilibrer ou harmoniser ce qui est perçu comme perturbé.
L'expérience subjective de la personne (sensation de détente, de recentrage, de légèreté ou autre ressenti) peut naturellement être réelle pour elle. Cela ne démontre toutefois pas à lui seul l'existence physique du mécanisme énergétique proposé.
C'est la différence entre l'expérience vécue et l'explication que nous lui donnons.
Toutes ces origines peuvent-elles se combiner ?
Dans une approche globale de la personne, on peut envisager plusieurs niveaux d'exploration :
- Personnel → ce que j'ai vécu
- Émotionnel et mental → ce que j'ai ressenti, appris, cru ou intégré
- Transgénérationnel → ce que mon histoire familiale a pu me transmettre
- Énergétique et spirituel → ce que certaines traditions ou pratiques proposent d'explorer au-delà de ces dimensions
- Karmique et multidimensionnel → ce qui relève d'une conception plus large de la conscience et de l'existence
Mais il serait inopportun de transformer cette classification en certitude et de considérer que tout problème doit nécessairement cacher une mémoire à libérer quelque part.
Parfois, la réponse est beaucoup plus simple. Et parfois, aucune origine précise ne peut être identifiée.
Le piège de la recherche permanente de « mémoires »
Il existe en effet un paradoxe.
Le travail de libération est censé nous apporter davantage de liberté, mais il pourrait produire l'effet inverse si nous commencions à considérer que chaque difficulté, chaque émotion ou chaque événement désagréable prouve qu'une nouvelle « mémoire » cachée doit absolument être découverte et éliminée.
Nous risquerions alors de passer notre vie à chercher ce qui ne va pas en nous.
Une démarche de travail intérieur devrait au contraire permettre progressivement de développer davantage d'autonomie et de discernement.
Une difficulté peut constituer une invitation à explorer quelque chose, mais n'est pas nécessairement la preuve qu'une blessure invisible, une dette karmique ou une perturbation énergétique se cache derrière elle.
Alors, qu’est-ce qu’une véritable libération ?
Peut-être faut-il finalement déplacer légèrement la question.
Se libérer ne signifie pas nécessairement effacer toutes les traces du passé, ni atteindre un état dans lequel plus aucune difficulté ne se présenterait.
Cela peut signifier :
- comprendre ce qui nous influence
- prendre conscience de ce que nous reproduisons
- transformer ce qui peut l'être
- accepter ce qui ne peut pas être changé
- et retrouver davantage de choix dans notre manière d'avancer
Pour certaines personnes, ce travail passera essentiellement par une démarche psychologique ou corporelle. Pour d'autres, l'histoire familiale occupera une place importante. Et pour celles qui possèdent une sensibilité spirituelle, les dimensions énergétique, karmique ou multidimensionnelle pourront également constituer des espaces d'exploration et de sens.
L'essentiel est de ne pas confondre ces différents niveaux : un fait documenté reste un fait, une hypothèse reste une hypothèse et une expérience spirituelle reste une expérience spirituelle. Les distinguer n'enlève rien à la valeur que chacune peut avoir pour la personne. Cela permet simplement d'explorer avec davantage de liberté, de discernement et de conscience.
À retenir : c'est peut-être précisément là que se trouve la finalité commune à toutes ces démarches de libération (quelles que soient les techniques, les méthodes ou les grilles utilisées) : « ne plus chercher uniquement d'où nous venons, mais choisir plus consciemment vers quoi nous souhaitons aller ».