Qui était Spinoza ?
Baruch Spinoza (1632-1677) est l’un des grands philosophes du XVIIe siècle. Sa pensée, particulièrement audacieuse pour son époque, s’interroge sur Dieu, la Nature, la liberté, les émotions et surtout sur une question profondément humaine : comment parvenir à mieux vivre ?
Son œuvre majeure, L’Éthique, ne propose pas simplement une morale définissant ce qui serait bien ou mal. Spinoza cherche à comprendre ce qui nous rend plus libres, plus actifs et plus aptes à vivre pleinement, mais également ce qui nous enferme dans la peur, la tristesse et les passions que nous ne maîtrisons pas.
C’est notamment pour cette raison que sa philosophie continue de résonner avec des préoccupations très contemporaines : mieux se connaître, comprendre ses émotions, sortir de certains automatismes et retrouver davantage de sérénité et de joie de vivre.
La joie : bien plus qu’une émotion agréable
Chez Spinoza, la joie occupe une place fondamentale.
Il ne la réduit pas au plaisir, à l’enthousiasme ou au fait de « penser positivement ». Dans L’Éthique, il définit la joie comme le passage de l’être humain vers une plus grande perfection, autrement dit vers une augmentation de sa puissance d’agir. La tristesse correspond, à l’inverse, à une diminution de cette puissance.
Cette conception change profondément notre manière d’envisager la joie.
La question n’est plus seulement « Qu’est-ce qui me fait plaisir ? » mais plutôt « Qu’est-ce qui me rend plus vivant, plus conscient et davantage capable d’agir ? ».
Certaines rencontres, certaines activités, certaines prises de conscience nous agrandissent intérieurement. D’autres situations nous enferment, nous épuisent ou diminuent notre capacité à agir.
Chercher la joie revient alors à apprendre à reconnaître ce qui augmente réellement notre puissance d’exister.
Comprendre ce qui nous traverse
Spinoza ne nous demande pas de nier nos émotions négatives.
Il cherche au contraire à comprendre les affects et leurs causes. Nous pouvons être traversés par la peur, la colère, l’espoir, la tristesse, le désir ou la jalousie sans toujours comprendre ce qui les produit.
Tant que nous sommes principalement ballottés par des causes extérieures que nous comprenons mal, nous restons largement soumis à nos passions. La connaissance de soi et la compréhension de ce qui nous affecte permettent progressivement de devenir davantage acteur de notre existence.
C’est là que la pensée de Spinoza rejoint particulièrement la notion de cheminement intérieur.
Faire un pas de côté face à une difficulté, observer ce qui se joue en nous, identifier ce qui provoque une émotion et comprendre certains de nos mécanismes peut déjà modifier notre manière de vivre une situation.
Comprendre ne fait pas nécessairement disparaître l’épreuve. Mais comprendre peut transformer notre rapport à l’épreuve.
Se connaître pour devenir plus libre
Pour Spinoza, nous ne sommes pas aussi libres que nous aimons le croire.
Nous pouvons avoir l’impression de choisir librement tout en ignorant une grande partie des causes qui déterminent nos désirs, nos réactions et nos comportements.
La liberté spinoziste n’est donc pas simplement : « Je fais ce que je veux. ». Elle consiste davantage à comprendre ce qui nous détermine, afin d’être progressivement moins soumis aux mouvements que nous subissons passivement.
Cette meilleure compréhension de soi permet de développer ce que l’on pourrait appeler, avec prudence car ce sont nos mots contemporains, une forme de liberté intérieure. Chez Spinoza lui-même, la dernière partie de L’Éthique est précisément consacrée à la puissance de l'entendement et à la liberté humaine.
Du bonheur à la béatitude
Le bonheur selon Spinoza n’est pas une récompense que l’on recevrait après avoir suffisamment souffert, résisté ou été vertueux.
La dernière proposition de L’Éthique formule une idée beaucoup plus radicale : la béatitude n’est pas la récompense de la vertu, elle est la vertu elle-même.
Autrement dit, il ne s’agit pas de vivre correctement aujourd’hui dans l’espoir d’obtenir le bonheur demain.
La manière consciente, libre et éclairée de vivre constitue déjà une forme de bonheur.
Cette conception explique pourquoi Spinoza peut être associé à une véritable philosophie de la joie : le bonheur ne dépend plus uniquement de la chance, de la possession ou de circonstances extérieures favorables. Il se construit aussi dans notre capacité à comprendre, à développer notre puissance d’agir et à orienter notre existence vers ce qui nous rend véritablement plus vivants.
Chasser les nuages pour retrouver la joie de vivre
Stress, peurs, blessures, pensées envahissantes ou sentiment de ne plus savoir dans quelle direction avancer peuvent parfois obscurcir notre horizon.
Spinoza ne nous promet évidemment pas une existence débarrassée de toute difficulté. Sa philosophie propose quelque chose de plus subtil : comprendre davantage pour subir un peu moins.
Nous pouvons alors nous poser quelques questions simples :
- Qu’est-ce qui, aujourd’hui, augmente ma joie et ma capacité à agir ?
- Qu’est-ce qui, au contraire, m’affaiblit ou m’enferme ?
- Quelles peurs gouvernent encore certains de mes choix ?
- Qu’est-ce que mes émotions essaient de m’apprendre sur moi-même ?
- Et qu’est-ce qui me permettrait de retrouver davantage d’élan, de sérénité et de joie de vivre ?
Ces questions ne donnent pas une recette universelle du bonheur. Elles ouvrent plutôt des points d’entrée vers une meilleure connaissance de soi.
Et c’est peut-être là que Spinoza reste étonnamment actuel : le bonheur ne consisterait pas à attendre que la vie devienne parfaite, mais à apprendre à mieux comprendre ce qui nous traverse afin de devenir progressivement plus libre, plus actif et plus vivant.