Il arrive un moment où nous prenons conscience que quelque chose doit changer.
Une manière de vivre qui ne nous correspond plus. Une relation devenue insatisfaisante. Des comportements que nous reproduisons malgré nous. Des peurs qui nous retiennent. Des croyances qui nous limitent. Ou simplement le sentiment de ne plus être véritablement en accord avec nous-mêmes.
Prendre conscience de cela est important.
Mais prendre conscience n'est pas encore transformer.
Nous pouvons comprendre parfaitement pourquoi nous fonctionnons d'une certaine manière et continuer pourtant à reproduire les mêmes comportements.
La transformation intérieure commence véritablement lorsque cette prise de conscience se traduit progressivement par une autre manière de penser, de ressentir, de choisir et surtout d'agir.
Alors, comment favoriser une transformation qui ne reste pas seulement une belle intention ?
Qu’est-ce qu’une transformation intérieure ?
Se transformer intérieurement ne signifie pas devenir quelqu'un d'autre.
Il s'agit plutôt de faire évoluer certains fonctionnements qui ne correspondent plus à ce que nous sommes ou à la manière dont nous souhaitons vivre.
Cela peut concerner : nos croyances, nos comportements, notre manière de gérer nos émotions, notre rapport à nous-mêmes, nos relations, nos priorités, notre manière de poser nos limites ou encore le sens que nous donnons à notre existence.
Une transformation peut être profonde sans nécessairement être spectaculaire.
Dire enfin « non » lorsque nous avons toujours dit « oui » peut constituer une transformation considérable.
Cesser de rechercher systématiquement l'approbation des autres également.
Tout comme apprendre à reconnaître ses besoins, quitter une situation devenue destructrice, modifier une habitude profondément installée ou simplement oser faire un choix qui nous ressemble davantage.
1. Prendre conscience de ce qui demande à être changer
Toute transformation commence par une forme de lucidité.
Nous pouvons difficilement modifier un fonctionnement dont nous n'avons pas conscience.
Certaines questions peuvent alors devenir particulièrement utiles : « Qu'est-ce qui se répète dans ma vie ? » « Qu'est-ce qui me fait souffrir ou ne me convient plus ? » « Dans quelles situations ai-je l'impression de ne pas être véritablement moi-même ? » « Qu'est-ce que je continue à faire alors que je sais que cela ne me convient plus ? » « Qu'est-ce que je voudrais vivre autrement ? ».
Nous retrouvons ici les conditionnements inconscients abordés dans la précédente série de quatre articles.
Certains automatismes ont été construits au fil de notre histoire. D'autres peuvent être liés à notre environnement familial, à certaines expériences émotionnelles ou aux croyances que nous avons progressivement intégrées.
Les identifier permet de passer de « Je suis comme ça. » à « J'ai appris à fonctionner comme ça. ».
Cette différence peut ouvrir une possibilité essentielle : ce qui a été appris peut parfois évoluer.
2. Comprendre… mais ne pas s’arrêter à la compréhension
Comprendre l'origine d'un comportement peut apporter énormément.
Nous pouvons découvrir pourquoi certaines situations déclenchent une réaction particulière, pourquoi nous avons développé certaines protections ou pourquoi une croyance s'est installée.
Cette compréhension permet souvent de donner du sens à notre histoire.
Mais elle possède une limite : savoir pourquoi nous faisons quelque chose ne suffit pas nécessairement à arrêter de le faire.
La recherche sur les habitudes montre que celles-ci reposent en partie sur des associations entre un contexte et une réponse devenue automatique. Lorsqu'une situation familière réapparaît, l'ancien comportement peut donc être déclenché même si nous avons consciemment décidé d'en adopter un autre.
Nous pouvons par exemple comprendre parfaitement pourquoi nous avons du mal à poser nos limites… et continuer à dire oui ; comprendre pourquoi nous avons peur d'être jugés... et continuer à éviter certaines situations.
La compréhension constitue donc une étape de la transformation, pas son aboutissement.
3. Accepter ce qui est là avant de vouloir le transformer
Cela peut sembler paradoxal.
Pourquoi accepter quelque chose que nous souhaitons précisément changer ?
Parce qu'accepter ne signifie pas approuver, aimer ou se résigner.
Il s'agit simplement de reconnaître suffisamment clairement ce qui est présent pour pouvoir travailler avec la réalité plutôt que contre elle.
Oui, cette peur existe actuellement. Oui, j'ai encore cette réaction. Oui, cette situation me fait souffrir. Oui, je reproduis ce comportement.
La notion de flexibilité psychologique, particulièrement étudiée dans les thérapies d'acceptation et d'engagement (ACT), repose justement sur la capacité à rester en contact avec son expérience présente, y compris lorsqu'elle est inconfortable, tout en continuant à agir en direction de ce qui compte pour soi.
Le changement ne demande donc pas nécessairement de supprimer d'abord toutes nos peurs ou toutes nos émotions difficiles.
Nous pouvons parfois commencer à avancer avec elles.
4. Identifier ce que nous voulons réellement
Vouloir « changer » reste très vague. Changer pour aller vers quoi ? Cette question est fondamentale.
Nous pouvons consacrer beaucoup d'énergie à vouloir supprimer quelque chose : Je ne veux plus avoir peur. Je ne veux plus manquer de confiance. Je ne veux plus être dépendant du regard des autres.
Mais il peut être plus fécond de déterminer ce que nous voulons construire à la place : Je veux apprendre à agir malgré certaines peurs. Je veux davantage me faire confiance. Je veux pouvoir faire mes choix en fonction de mes valeurs plutôt qu'en fonction de l'approbation des autres.
Les recherches sur la motivation et le maintien du changement suggèrent notamment qu'un comportement a davantage de chances de perdurer lorsqu'il est personnellement significatif et cohérent avec les valeurs de la personne, plutôt que simplement imposé de l'extérieur.
Une transformation profonde ne consiste donc pas uniquement à savoir ce que nous ne voulons plus.
Elle demande aussi de savoir « Qu'est-ce que je veux désormais choisir ? ».
5. Libérer ce qui entretient l’ancien fonctionnement
Certaines transformations rencontrent des résistances importantes.
Nous savons ce que nous voulons, mais quelque chose semble continuellement nous ramener en arrière.
C'est ici que le travail sur les blocages peut devenir intéressant.
Comme nous l'avons vu dans les articles de la série précédente, plusieurs dimensions peuvent être explorées selon la situation et l'approche choisie :
- émotionnelle, lorsqu'une expérience passée continue à déclencher certaines réactions
- mentale, lorsqu'une croyance ou une règle intérieure limite nos possibilités
- corporelle, lorsque certaines situations sont associées à des réactions physiques importantes
- familiale ou transgénérationnelle, lorsque certains fonctionnements s'inscrivent dans une histoire familiale
- spirituelle ou énergétique, pour les personnes qui adhèrent à cette grille de lecture
L'objectif n'est cependant pas de considérer que toute difficulté cache nécessairement une « mémoire » qu'il faudrait trouver et supprimer.
Parfois, il existe effectivement quelque chose à comprendre ou à travailler.
Parfois, il faut surtout apprendre progressivement à fonctionner autrement.
6. Passer de la prise de conscience à l’action
C'est probablement l'étape la plus importante.
Une transformation intérieure devient réellement visible lorsqu'elle commence à modifier notre manière de vivre.
Si j'apprends que mes besoins sont importants, mais que je continue systématiquement à les sacrifier, ma compréhension n'est pas encore pleinement intégrée.
Si je comprends que je peux poser des limites, mais que je n'en pose jamais, l'ancien fonctionnement continue de diriger mes actes.
Le changement demande donc souvent de faire différemment, parfois avant même que cela devienne confortable.
La recherche récente sur le changement comportemental distingue justement plusieurs défis : développer une motivation, parvenir à traduire cette motivation en comportement puis consolider progressivement le nouveau fonctionnement afin qu'il puisse durer.
Cela peut commencer très modestement : dire non une fois, exprimer un besoin, prendre une décision repoussée depuis longtemps, modifier une petite habitude, avoir une conversation évitée jusque-là, faire quelque chose pour soi sans se justifier.
Une transformation intérieure se construit aussi à travers des actes concrets répétés.
7. Répéter pour créer de nouveaux fonctionnements
Nos anciens automatismes ont parfois été répétés pendant des années.
Il serait donc surprenant qu'une seule prise de conscience suffise toujours à les faire disparaître.
Les recherches sur les habitudes montrent précisément que la répétition d'un comportement dans des contextes récurrents contribue progressivement à son automatisation.
Au début, un nouveau comportement peut demander beaucoup d'attention, puis il devient progressivement plus naturel.
Une personne qui apprend à poser ses limites pourra ressentir beaucoup de culpabilité les premières fois. Avec l'expérience, elle peut constater que dire non ne provoque pas nécessairement les conséquences qu'elle redoutait. Son rapport à la situation évolue. Elle ne s'est pas simplement dit « J'ai le droit de poser mes limites. ». Elle a commencé à en faire l'expérience.
C'est souvent là que le changement s'enracine.
8. Accepter que la transformation ne soit pas linéaire
Nous imaginons facilement le changement comme une ligne ascendante : prise de conscience → travail sur soi → transformation → problème réglé.
La réalité est généralement moins ordonnée :
- Nous avançons, puis un ancien fonctionnement réapparaît.
- Nous pensions avoir dépassé une peur, mais elle revient dans un nouveau contexte.
- Nous retombons ponctuellement dans une ancienne habitude.
Cela ne signifie pas nécessairement que tout le travail effectué a disparu.
La transformation demande souvent du temps, des ajustements et de la répétition. Les travaux consacrés au maintien du changement comportemental montrent d'ailleurs que l'adoption initiale d'un nouveau comportement et son maintien dans le temps constituent deux enjeux différents.
L'important est donc moins de ne jamais revenir en arrière que d'observer :
- Est-ce que je reconnais plus rapidement ce qui se passe ?
- Est-ce que je dispose de davantage de choix qu'autrefois ?
- Est-ce que je retrouve plus facilement mon équilibre ?
C'est parfois là que se mesure réellement le chemin parcouru.
9. Intégrer plutôt que chercher constamment à se « réparer »
Le travail sur soi possède aussi un piège.
À force de rechercher nos blessures, nos blocages, nos croyances limitantes ou nos mémoires à libérer, nous pouvons finir par regarder notre monde intérieur comme un ensemble de problèmes à résoudre.
Or la transformation intérieure ne devrait pas devenir une recherche permanente de ce qui ne va pas.
Il existe un moment pour comprendre. Un moment pour libérer ou transformer. Mais également un moment pour vivre. Expérimenter. Créer. Aimer. Construire. Prendre des risques. Faire des choix. Et parfois simplement apprécier ce qui est déjà là.
Le but du travail intérieur n'est pas de devenir une personne parfaitement « réparée ».
Il est plutôt de développer suffisamment de conscience et de liberté pour ne plus laisser certains automatismes décider systématiquement à notre place.
Alors, comment réussir sa transformation intérieure ?
Il n'existe pas de recette universelle.
Mais nous pouvons dégager un chemin :
- Prendre conscience de ce qui ne nous convient plus
- Comprendre ce qui entretient certains fonctionnements
- Accepter suffisamment la réalité présente pour pouvoir agir à partir d'elle
- Libérer ou transformer ce qui peut l'être
- Choisir plus clairement la direction dans laquelle nous souhaitons aller
- Expérimenter de nouvelles manières de penser et d'agir
- Répéter suffisamment pour qu'elles deviennent progressivement plus naturelles
- Et enfin intégrer, afin que le travail intérieur produise des changements dans la vie réelle
La transformation n'est alors plus seulement une démarche tournée vers notre passé, mais elle devient une manière de construire notre présent.
À retenir : se transformer intérieurement ne consiste peut-être pas tant à devenir quelqu'un d'autre qu'à cesser progressivement d'être dirigé par ce qui ne nous correspond plus, pour vivre davantage en accord avec ce que nous choisissons consciemment d'être.