(2/3) Comment cultiver la paix à l’intérieur de soi ?

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Statue de moine bouddhiste en méditation dans un paysage de montagne brumeuxNous aspirons presque tous, d’une manière ou d’une autre, à davantage de paix intérieure.

Nous aimerions moins nous inquiéter, moins ruminer, être moins affectés par certaines situations ou certaines personnes.

Nous aimerions parfois parvenir à un état où plus rien ne viendrait véritablement nous perturber.

Mais est-ce réellement cela, la paix intérieure ? Probablement pas.

Être en paix ne signifie pas ne plus ressentir de peur, de colère, de tristesse ou de frustration. Cela ne signifie pas non plus devenir indifférent à ce qui nous arrive.

La paix intérieure peut plutôt être envisagée comme : la capacité à ne plus être constamment en lutte contre ce que nous vivons, à retrouver un certain équilibre lorsque celui-ci est perturbé et à agir plus en accord avec ce qui est important pour nous.

Elle n’est donc peut-être pas un état que l’on atteint définitivement, mais elle se cultive.

 

Cesser de confondre paix intérieure et absence de difficultés

Nous pouvons facilement nous dire : « Je serai enfin tranquille quand ce problème sera réglé. » « Quand cette personne changera, j’irai mieux. » « Quand ma situation sera différente, je pourrai enfin être serein. ».

Certaines circonstances ont évidemment un impact réel sur notre bien-être et certaines situations doivent effectivement être changées, mais si notre paix dépend uniquement de l’absence de problèmes, elle restera nécessairement fragile.

La vie comporte de l’incertitude, des contrariétés, des séparations, des conflits, des changements et parfois des épreuves que nous n’avons pas choisies.

Cultiver la paix intérieure ne consiste donc pas à construire une existence dans laquelle rien de difficile ne se produirait.

Il s'agit plutôt de développer progressivement une manière plus stable de traverser ce qui se présente.

 

1. Accueillir ce que nous ressentons au lieu de lutter contre

Lorsque nous éprouvons une émotion désagréable, notre premier réflexe peut être de vouloir la faire disparaître : Je ne devrais pas être en colère. Je dois arrêter d'avoir peur. Il faut que j'arrête de penser à ça. Une deuxième souffrance peut alors venir s'ajouter à la première : nous souffrons de ce que nous ressentons, puis nous souffrons de ressentir ce que nous ressentons.

L'acceptation psychologique propose une autre attitude : permettre à certaines pensées, émotions ou sensations d'être présentes sans chercher systématiquement à les supprimer ou à les éviter. Cela ne signifie pas se résigner.

La recherche sur la flexibilité psychologique montre au contraire l'intérêt de pouvoir rester en contact avec des expériences intérieures inconfortables tout en continuant à agir dans le sens de ses valeurs. Nous pouvons :

  • être triste et continuer à avancer
  • avoir peur et prendre une décision importante
  • être en colère sans laisser cette colère décider de notre comportement

La paix commence parfois par cette simple autorisation : « Ce que je ressens peut être là sans devoir prendre toute la place. ».

 

2. Distinguer ce qui dépend de nous de ce qui ne dépend pas de nous

Nous dépensons parfois énormément d'énergie à essayer de contrôler ce qui échappe précisément à notre contrôle : le comportement des autres, leur jugement, le passé, certains événements, une décision prise par quelqu'un d'autre, l'incertitude concernant l'avenir...

Cela ne signifie pas que ces choses nous sont indifférentes. Mais nous pouvons apprendre à distinguer ce sur quoi je peux agir de ce que je ne peux pas maîtriser.

Cette distinction, déjà centrale dans la philosophie stoïcienne d'Épictète, reste particulièrement pertinente : certaines choses dépendent de nous, tandis que d'autres ne dépendent pas de nous.

Lorsque quelque chose dépend de nous, nous pouvons rechercher l'action juste.

Lorsque cela n'en dépend pas, le travail devient différent : accepter progressivement de ne pas pouvoir tout contrôler.

Le lâcher-prise ne signifie donc pas « Je m'en fiche. », mais plutôt « Je cesse de consacrer toute mon énergie à vouloir contrôler ce que je ne peux pas contrôler. ».

 

3. Revenir au présent

Notre esprit possède une capacité remarquable à voyager dans le temps.

Nous pouvons revivre mentalement une conversation terminée depuis plusieurs jours, anticiper une situation qui n'existe pas encore ou imaginer toutes les manières dont quelque chose pourrait mal se passer.

Cette capacité d'anticipation est utile, mais elle peut également alimenter ruminations et inquiétudes.

Les approches fondées sur la pleine conscience entraînent notamment la capacité à porter volontairement son attention sur l'expérience présente, avec davantage d'ouverture et moins de jugement. Les méta-analyses disponibles montrent des effets généralement modestes à modérés de ces interventions sur différents aspects du bien-être psychologique, avec des résultats variables selon les populations et les comparateurs utilisés.

Revenir au présent peut être extrêmement simple :

  • sentir sa respiration
  • observer les sensations de son corps
  • marcher en étant attentif à ce qui nous entoure
  • écouter réellement la personne qui nous parle
  • faire une seule chose à la fois

Il ne s'agit pas de ne plus penser au passé ou à l'avenir, mais de retrouver la capacité de revenir à l'endroit où notre vie se déroule effectivement : maintenant.

 

4. Apprendre à observer ses pensées plutôt qu’à croire chacune d’elles

Une pensée n'est pas nécessairement un fait.

Pourtant, lorsqu'elle apparaît dans notre esprit, nous pouvons immédiatement la considérer comme vraie : « Je vais échouer. » « Il pense forcément cela de moi. » « Je n'y arriverai jamais. » « Cette situation va forcément mal finir. ».

Nous pouvons alors réagir émotionnellement non seulement à ce qui se passe réellement, mais également à ce que notre esprit nous raconte sur ce qui se passe.

Certaines approches psychologiques parlent de défusion cognitive : apprendre à prendre un peu de distance avec ses pensées plutôt que de leur obéir automatiquement.

Au lieu de : « Je vais échouer. », nous pouvons observer « J'ai actuellement la pensée que je vais échouer. ».

Le problème n'a pas disparu, mais une petite distance s'est créée entre la pensée et celui qui l'observe.

Et cette distance peut nous rendre une part de liberté.

 

5. Faire la paix avec son histoire sans prétendre l’effacer

Notre passé peut continuer à influencer notre présent.

Certaines expériences laissent des blessures, des peurs ou des conditionnements. Notre histoire familiale peut également nous transmettre certains fonctionnements, comme nous l'avons vu dans la série précédente de quatre articles.

Cultiver la paix intérieure peut donc demander de regarder certaines parties de notre histoire plutôt que de continuellement les éviter :

  • Comprendre
  • Exprimer
  • Faire le deuil de ce qui n'a pas été
  • Pardonner éventuellement, lorsque cela possède un sens pour soi (sans jamais considérer le pardon comme une obligation).
  • Poser des limites
  • Ou accepter simplement que le passé ne pourra pas être réécrit

Se libérer du passé ne signifie pas oublier ce qui s'est produit, mais plutôt chercher à faire en sorte qu'il ne dirige plus systématiquement notre présent.

 

6. Arrêter de mener une guerre permanente contre soi-même

La paix intérieure concerne aussi la relation que nous entretenons avec nous-mêmes.

Nous pouvons parfois être beaucoup plus sévères envers nous-mêmes que nous ne le serions envers quelqu'un que nous apprécions.

Nous jugeons nos erreurs, nos faiblesses, notre corps,nos émotions, nos hésitations, nos échecs, et parfois même notre incapacité à être suffisamment « zen ».

La recherche sur l'auto-compassion décrit une attitude comprenant notamment la bienveillance envers soi, la reconnaissance de l'imperfection comme faisant partie de l'expérience humaine et une relation plus équilibrée avec ses émotions difficiles. Des méta-analyses trouvent des associations entre auto-compassion et bien-être psychologique ainsi que des effets bénéfiques de certaines interventions, même si leur ampleur varie selon les études.

Cela ne consiste pas à tout s'excuser, mais nous pouvons reconnaître une erreur, prendre nos responsabilités et chercher à évoluer sans nous maltraiter intérieurement pour autant.

 

7. Poser ses limites peut être une condition de la paix

La recherche de paix intérieure ne doit pas devenir une invitation à tout accepter.

Il existe des situations où notre malaise nous indique justement que quelque chose doit changer extérieurement : une relation irrespectueuse, une surcharge permanente, des demandes auxquelles nous disons toujours oui, une situation incompatible avec nos valeurs...

Parfois, retrouver davantage de paix demande donc de poser une limite, exprimer un désaccord ou prendre une décision difficile.

Éviter systématiquement le conflit ne crée pas nécessairement la paix.

Cela peut simplement déplacer le conflit à l'intérieur de nous-mêmes.

La paix intérieure n'est donc pas la passivité.

Elle peut demander du courage.

 

8. Vivre davantage en accord avec ses valeurs

Nous pouvons disposer d'une vie apparemment confortable et ressentir malgré tout un profond décalage intérieur, car que nos actes ne correspondent pas toujours à ce qui est réellement important pour nous : Quelles relations souhaitons-nous construire ? Quelle place voulons-nous donner à notre travail ? Qu'est-ce qui compte profondément pour nous ? Quelle personne souhaitons-nous être dans nos relations avec les autres ?

Les approches centrées sur la flexibilité psychologique accordent justement une place importante aux valeurs : elles constituent des directions qui peuvent guider nos comportements même lorsque nous traversons des émotions difficiles.

La paix intérieure peut ainsi naître d'une forme de cohérence entre :

  • ce que je ressens
  • ce que je pense
  • ce que je considère important
  • et la manière dont je choisis de vivre

Plus l'écart entre ces dimensions devient important, plus un conflit intérieur peut apparaître.

 

9. Prendre soin de son équilibre au quotidien

La paix intérieure ne se construit pas uniquement à travers de grandes prises de conscience.

Elle dépend aussi de choses beaucoup plus ordinaires : dormir suffisamment, bouger, passer du temps dans la nature, préserver certaines relations, créer des moments de silence, respirer, méditer pour ceux à qui cela convient, écrire, pratiquer une activité qui nous recentre, se ménager des moments où nous ne sommes pas continuellement sollicités...

Aucune de ces pratiques ne constitue à elle seule une solution universelle, mais elles peuvent contribuer à créer les conditions favorables à davantage d'apaisement.

Dans une démarche spirituelle, d'autres pratiques peuvent également avoir une place : méditation, prière, contemplation, pratiques de reliance ou travail énergétique.

 

10. Accepter que notre paix soit parfois perturbée

C'est peut-être l'un des points les plus importants.

  • Nous pouvons travailler sur nous pendant des années et continuer à être parfois bouleversés.
  • Nous pouvons méditer et nous mettre en colère.
  • Nous pouvons avoir beaucoup avancé et ressentir de nouveau une ancienne peur.
  • Nous pouvons nous sentir profondément sereins un jour et beaucoup moins le lendemain.

Cela ne signifie pas que nous avons échoué.

La paix intérieure n'est probablement pas l'immobilité émotionnelle.

Elle ressemble davantage à une capacité à retrouver progressivement notre centre après avoir été déstabilisés.

La question devient alors moins « Pourquoi suis-je encore perturbé ? » que « Comment est-ce que je prends soin de moi et retrouve mon équilibre lorsque je le suis ? ».

 

La paix intérieure n’est peut-être pas quelque chose à atteindre

Nous pouvons passer beaucoup de temps à rechercher un état idéal :

  • Quand j'aurai réglé tous mes problèmes...
  • Quand j'aurai libéré l’ensemble de mes blessures...
  • Quand je ne serai plus du tout affecté par le regard des autres...
  • Alors, enfin, à ce moment-là, et seulement à ce moment-là, je serais en paix.

Mais cette recherche peut elle-même devenir une nouvelle source d'insatisfaction.

Peut-être que la paix intérieure ne se trouve pas au bout du travail sur soi, mais qu'elle se construit déjà dans notre manière de le faire :

  • Lorsque nous cessons progressivement de lutter contre chaque émotion
  • Lorsque nous acceptons de ne pas tout contrôler
  • Lorsque nous prenons davantage de distance avec certaines pensées
  • Lorsque nous posons les limites dont nous avons besoin
  • Lorsque nos choix correspondent davantage à nos valeurs

Lorsque finalement nous acceptons d'être un être humain imparfait, parfois serein et parfois profondément bousculé par la vie.
 

À retenir : cultiver la paix intérieure ne signifie peut-être pas chercher à devenir imperturbable, mais apprendre, progressivement, à rester davantage en accord avec soi-même au milieu de ce qui change. Et peut-être est-ce précisément cela, être en paix : non pas vivre sans tempête, mais ne plus perdre systématiquement son chemin chaque fois que le vent se lève, que la pluie se met subitement à tomber ou qu'un déluge sans fin semble tout emporter dans son sillage.