Il existe des périodes où notre équilibre est profondément bousculé.
Une séparation, un deuil, une maladie, des difficultés professionnelles ou financières, un conflit, une perte de repères, un changement que nous n’avons pas choisi… ou parfois simplement l’accumulation de plusieurs difficultés.
Dans ces moments-là, nous aimerions souvent savoir comment faire pour que cela s’arrête, comment retrouver rapidement notre équilibre ou comment redevenir celui que nous étions auparavant.
Mais lorsque nous ne pouvons pas immédiatement changer ce qui arrive, une autre question peut devenir plus utile : « Comment puis-je traverser cette période sans me perdre moi-même ? ».
Traverser une épreuve ne consiste pas à nier sa difficulté, à chercher absolument le positif ou à rester fort en permanence.
Il s'agit plutôt de trouver, progressivement, les ressources qui nous permettent de continuer à avancer au milieu de ce que nous vivons.
1. Commencer par reconnaître que la période est difficile
Cela peut sembler évident. Pourtant, nous avons parfois tendance à minimiser ce que nous traversons : « D'autres vivent bien pire. » « Je devrais réussir à gérer ça. » « Il faut que je sois fort. » « Je n'ai aucune raison d'aller aussi mal. ».
Comparer notre souffrance à celle des autres ne la fait pas disparaître, et nous demander constamment de fonctionner comme si rien ne s'était passé peut ajouter une pression supplémentaire à une situation déjà difficile.
Reconnaître que « en ce moment, ce que je vis est difficile pour moi » ne signifie ni se complaire dans sa souffrance ni renoncer à avancer.
Cela permet simplement de partir de la réalité telle qu'elle est.
2. Accepter ne signifie pas se résigner
Nous avons abordé l'acceptation dans le 2ème article de cette série de 3 (consacré à la paix intérieure), et elle prend ici une importance particulière.
Accepter une situation signifie reconnaître qu'elle existe actuellement, même lorsqu'elle ne nous convient absolument pas :
- Nous pouvons accepter la réalité d'une séparation sans souhaiter cette séparation.
- Nous pouvons accepter qu'une personne ait pris une décision sans considérer cette décision comme juste.
- Nous pouvons accepter qu'un événement ait eu lieu sans approuver ce qui s'est passé.
La distinction est fondamentale.
Lutter intérieurement contre une réalité qui s'est déjà produite ne permet pas de l'effacer.
L'acceptation peut au contraire permettre de déplacer notre énergie de « Cela ne devrait pas être arrivé » vers « C'est arrivé. Que puis-je faire maintenant ? ».
Les approches psychologiques fondées sur l'acceptation ne cherchent justement pas à faire aimer les expériences difficiles, mais à diminuer certaines formes de lutte contre l'expérience intérieure afin de permettre des comportements plus adaptés et cohérents avec les valeurs de la personne.
3. Distinguer ce que nous pouvons changer de ce que nous ne pouvons pas changer
Lorsque tout semble nous échapper, nous pouvons essayer de reprendre le contrôle sur tout, mais toutes les dimensions d'une situation ne dépendent pas de nous.
Nous ne pouvons pas toujours contrôler les décisions des autres, ce qu'ils pensent de nous, certains événements extérieurs, ce qui s'est déjà produit, ni connaître avec certitude ce qui se produira demain.
En revanche, il reste souvent une petite zone sur laquelle nous pouvons agir : une démarche à effectuer, une personne à appeler, une limite à poser, une décision à prendre, une journée à organiser, un besoin à exprimer, une aide à demander...
Dans une période difficile, retrouver cette distinction peut éviter de consacrer toute notre énergie à ce qui nous échappe.
La question devient alors : « Quelle est la prochaine chose utile que je peux réellement faire ? ».
Pas nécessairement résoudre toute ma situation, mais simplement le prochain pas.
4. Ne pas vouloir résoudre toute sa vie aujourd’hui
Lorsque nous sommes bouleversés, nous pouvons avoir l'impression qu'il faut immédiatement comprendre ce qui se passe et trouver une solution, mais certaines périodes demandent du temps. Nous pouvons alors réduire volontairement notre horizon.
Au lieu de nous demander « Comment vais-je réussir à supporter les six prochains mois ? », nous pouvons parfois nous demander « De quoi ai-je besoin aujourd'hui ? » ou même « Quelle est ma priorité pour les prochaines heures ? ».
Cette manière d'avancer ne règle évidemment pas le problème de fond, mais elle peut rendre une situation immense un peu plus abordable.
Nous n'avons pas toujours besoin de voir tout le chemin pour effectuer le prochain pas.
5. Respecter ce que nous ressentons
Une période difficile peut provoquer des émotions contradictoires : tristesse, peur, colère, culpabilité, soulagement parfois, puis de nouveau tristesse, etc.
Nous pouvons également avoir l'impression d'aller mieux pendant quelques jours avant d'être brutalement rattrapés par une émotion que nous pensions avoir dépassée.
Ce mouvement n'est pas nécessairement le signe que nous « revenons en arrière ».
Les processus d'adaptation aux événements difficiles ne sont généralement pas linéaires. La recherche sur la résilience montre d'ailleurs qu'il existe plusieurs trajectoires possibles après une adversité importante et qu'il n'existe pas une seule manière normale de réagir.
Il peut donc être plus utile d'écouter une émotion que de chercher immédiatement à la supprimer :
- « Qu'est-ce que je ressens ? »
- « De quoi ai-je besoin ? »
- « Qu'est-ce que cette émotion m'indique sur ce qui compte pour moi ? »
Une émotion peut être difficile sans être notre ennemie.
6. Prendre soin du corps lorsque l’esprit est débordé
Dans les périodes de stress important, nous pouvons être tellement absorbés par nos pensées que nous négligeons les besoins les plus élémentaires.
Pourtant, notre état psychologique et notre état physique interagissent.
Dormir autant que possible, manger suffisamment et régulièrement, bouger, sortir, respirer, maintenir quelques habitudes quotidiennes, réduire certaines sollicitations lorsque nous sommes saturés... Ces choses peuvent paraître dérisoires face à une difficulté majeure.
Elles ne résolvent effectivement pas un deuil, une séparation ou un problème financier, mais elles permettent de soutenir l'organisme pendant qu'il traverse une période exigeante.
L'activité physique, par exemple, présente des bénéfices documentés pour la santé mentale et peut contribuer à diminuer certains symptômes anxieux et dépressifs, même si elle ne remplace évidemment pas une prise en charge lorsqu'elle est nécessaire.
Parfois, prendre soin de soi commence par des choses extrêmement simples.
7. Ne pas rester seul avec ce que nous traversons
Dans les moments difficiles, nous pouvons avoir tendance à nous isoler :
- Parce que nous ne voulons pas déranger
- Parce que nous pensons que personne ne pourra comprendre
- Parce que nous n'avons simplement pas l'énergie d'expliquer ce que nous vivons
Pourtant, le soutien social constitue l'un des facteurs importants associés à une meilleure adaptation face au stress et à l'adversité.
Demander du soutien ne signifie pas nécessairement demander à quelqu'un de résoudre notre problème.
Cela peut simplement être : parler, être écouté, passer un moment avec quelqu'un, demander une aide concrète ou ne pas rester seul pendant une période particulièrement difficile.
Et lorsque notre entourage ne suffit plus, demander l'aide d'un professionnel peut constituer une véritable ressource.
Il n'est pas nécessaire d'attendre d'être complètement dépassé pour le faire.
8. Accepter de ne pas comprendre immédiatement
Nous cherchons naturellement du sens à ce qui nous arrive : Pourquoi cela m'arrive-t-il ? Qu'est-ce que je dois comprendre ? Qu'est-ce que cette épreuve cherche à m'apprendre ?
Ces questions peuvent parfois ouvrir un chemin intéressant, mais elles peuvent également devenir une nouvelle source de souffrance si nous considérons que tout événement difficile doit nécessairement posséder une raison cachée ou un enseignement précis.
Certaines expériences acquièrent un sens avec le temps. D'autres restent profondément injustes ou absurdes. Et parfois, nous pouvons construire après coup quelque chose à partir de ce que nous avons vécu sans considérer que l'épreuve était nécessaire pour autant.
La recherche sur la construction de sens après des événements stressants suggère qu'elle peut participer à l'adaptation, mais elle montre également que cette démarche est complexe et ne suit pas un processus universel.
Nous avons donc aussi le droit de dire : « Pour le moment, je ne comprends pas. ».
9. Se méfier de l’injonction à « penser positif »
Il existe une différence importante entre garder espoir et nier la réalité.
Dire à quelqu'un qui traverse une épreuve « Il faut voir le positif. » « Tout arrive pour une raison. » « Tu ressortiras forcément plus fort de cette expérience. » peut parfois produire exactement l'effet inverse de celui recherché.
Nous ne savons pas toujours ce qu'une épreuve produira.
Certaines personnes découvrent effectivement de nouvelles ressources, changent leurs priorités ou développent une autre manière de regarder leur existence.
D'autres ont simplement besoin de temps pour retrouver leur équilibre.
La littérature sur la croissance post-traumatique montre que certaines personnes rapportent des changements positifs après des événements très difficiles, mais cela ne signifie ni que la souffrance était bénéfique ni que chacun devrait obligatoirement « grandir » grâce à elle.
Nous n'avons donc pas besoin de transformer immédiatement une épreuve en cadeau.
Parfois, traverser est déjà suffisant.
10. Continuer à agir dans le sens de ce qui compte pour nous
Une période difficile peut progressivement réduire notre vie à notre problème.
Tout tourne autour de lui : nos pensées, nos conversations, notre énergie, notre attention...
Pourtant, même lorsqu'une situation importante ne peut pas être résolue immédiatement, certaines choses peuvent continuer à avoir du sens : une relation, une activité, un projet, une valeur, prendre soin de quelqu'un, créer, apprendre, être dans la nature, continuer à exercer une activité qui nous fait du bien...
Les approches fondées sur la flexibilité psychologique insistent précisément sur la possibilité de continuer à agir en direction de ses valeurs même lorsque des pensées ou des émotions difficiles sont présentes.
Cela ne consiste pas à faire semblant que tout va bien, mais il s'agit plutôt de préserver une partie de notre vie qui ne soit pas entièrement absorbée par ce qui va mal.
11. Utiliser ses ressources… sans s’enfermer dans une seule approche
Chacun possède ses propres ressources qui peuvent parfaitement coexister entre elles.
Pour certains, ce sera parler à un proche ou consulter un professionnel.
Pour d'autres, écrire, marcher, méditer, créer, pratiquer une activité physique ou retrouver davantage de contact avec la nature.
Certaines personnes trouvent également du soutien dans leur spiritualité, la méditation, la prière, des pratiques de reliance ou des approches énergétiques.
L'important est que nos ressources nous aident réellement à mieux traverser la situation, et non à fuir ce qui demande concrètement notre attention.
12. Reconnaître quand nous avons besoin d’aide
Il existe des moments où nos ressources personnelles et celles de notre entourage ne suffisent plus.
Une souffrance psychologique intense ou persistante, une incapacité à assurer les activités essentielles du quotidien, un isolement important ou l'apparition d'idées suicidaires nécessitent de rechercher rapidement une aide professionnelle.
Demander de l'aide ne signifie pas que nous avons échoué à traverser l'épreuve, mais plutôt que certaines périodes demandent davantage de soutien que d'autres.
Nous ne sommes pas obligés de tout traverser seuls.
Traverser ne signifie pas revenir exactement à celui que nous étions
Après une période difficile, nous cherchons souvent à retrouver notre vie d'avant.
Parfois, c'est possible, mais certaines expériences nous transforment. Nos priorités peuvent changer. Certaines relations aussi. Nous pouvons découvrir des limites que nous n'avions jamais posées, des besoins que nous avions négligés ou des valeurs auxquelles nous souhaitons désormais accorder davantage de place.
Il ne s'agit pas de prétendre que toute épreuve nous rend meilleurs, mais nous pouvons parfois choisir ce que nous voulons faire de ce que nous avons traversé.
Et cette distinction est importante :
- Nous ne choisissons pas toujours ce qui nous arrive
- Nous ne choisissons pas toujours les émotions qui apparaissent
- Nous ne pouvons pas toujours changer immédiatement notre situation
- Mais il reste parfois un espace, même très petit, dans lequel nous pouvons choisir comment prendre soin de nous, vers qui nous tourner et quel prochain pas effectuer
Traverser une période difficile ne consiste donc pas nécessairement à être fort, et cela peut même signifier accepter d'être momentanément fragile : avancer moins vite, demander de l'aide, revenir à l'essentiel, faire aujourd'hui ce qui peut être fait aujourd'hui et accepter que le reste demande du temps...
À retenir : lorsque nous ne pouvons pas encore changer ce que nous traversons, nous pouvons commencer par chercher la manière la plus juste de le traverser